La foi a besoin de la raison. Si nous comprenons la foi comme étant une simple croyance ou même une affirmation de connaissance sans raison irrésistible pour cette affirmation, comme nous le faisons souvent, il est alors évidemment vrai que la foi et la raison sont mutuellement exclusives.

Lorsque nous parlons de la foi, nous glissons souvent dans une mode de penser et de parler semi-philosophique ou semi-théologique. Lorsque nous le faisons, nous sommes susceptibles d’en faire une question de croyance sans raisons. Mais je pense que cette façon de penser, en ce qui concerne la foi, est fausse.

Un problème est que ceux qui pensent à la foi de cette façon-là confondent la foi avec l’opinion. Si nous confondons les deux, nous ne devrions pas être surpris lorsque les arguments montrant l’insuffisance de l’opinion et la nécessité d’aller au-delà de l’opinion vers la connaissance jouent aussi en défaveur en tant qu’arguments contre la foi.

Mais supposons que la foi n’est pas une version de l’opinion, une opinion mal fondée. Si ce n’est pas le cas, nous devrions être sceptiques que la foi est contraire à la raison.

Il existe des preuves scripturaires pour ce scepticisme. Paul, par exemple, est explicite au sujet de la foi étant une question de preuve : « Or la foi est une ferme assurance (la traduction anglaise utilise le mot « substance » ; hypostasis : signifie « réalité » ou « réalisation ») des choses qu’on espère, une démonstration (la traduction anglaise utilise le mot « évidence » ; elenchos : signifie « preuve » ou « argument pour ») de celles qu’on ne voit pas » (Heb. 11 :1).

Et dans Le Livre de Mormon, deux missionnaires convertissent des centaines à la foi en leur offrant « la grandeur des preuves » (voir Hélaman 5:50). Plusieurs années plus tard, un prophète du Livre de Mormon dit au peuple que leur incrédulité est déraisonnable, un rejet de preuves convaincantes (voir Hélaman 8:24).

La foi a des raisons et en a besoin. Mais c’est essentiellement de la confiance et de la fidélité plutôt que de la croyance. Les croyances résulteront de la confiance et de la fidélité, et quand elles le feront, elles auront leur base raisonnable en cette confiance et en ses conséquences. Ainsi, une meilleure compréhension de la foi, une qui a l’avantage de se conformer à l’usage du mot dans les Écritures, est « la fidélité envers quelque chose qui nous a été donnée, telle qu’une expérience ou une alliance, ou la fidélité et la confiance envers quelqu’un, comme par exemple, en Dieu. »

Je trouve intéressant qu’une telle description soit similaire à ce que nous pourrions dire de la connaissance. Comme David Banon l’a dit, la structure basique de la connaissance pour les écrivains bibliques n’est pas la possession, mais la « fidélité » (Lecture infinie 173). Connaître quelque chose ou quelqu’un (et le dernier est le modèle pour le premier) n’est pas de « le comprendre, » mais de faire confiance.

Nous ne pensons pas habituellement à la connaissance en termes hébraïques plutôt qu’en termes grecques, mais nous devrions peut-être envisager de le faire. Parler de la foi en termes de fidélité signifie de rendre la distinction entre la foi et la connaissance moins claire. En fait,  si nous pensons à la connaissance en ces termes-là, nous pourrions dire que, juste comme la foi exige la raison, la raison se révèle avoir besoin de quelque chose comme la foi, mais pas toujours la foi religieuse.

La définition de la raison est un projet qui s’est avéré être épineux et dont je ne prétends pas avoir réussi. Je ne prétends pas le faire ici. Mais, suite à la remarque de Banon au sujet de la compréhension hébraïque de la connaissance, il peut être utile de remarquer que la raison est fondamentalement une réponse responsable à un appel, une demande, de quelqu’un ou de quelque chose. La raison est aussi une réponse à quelque chose qui nous est donnée, quelque chose qui vient à nous sans que nous ne l’ayons choisi.

Nous associons souvent le raisonnement avec le questionnement : nous avons besoin de la raison, parce que des questions se posent, et parce que nous nous interrogeons afin de pouvoir apprendre. Mais comme l’un de mes professeurs, Otto Pöggeler, l’a souligné, l’essence de la pensée rationnelle n’est pas le questionnement, même si bien sûr tout penseur doit s’interroger. L’essence de la pensée n’est pas le questionnement, parce que le questionnement dépend du fait que lorsque je m’interroge, je me trouve déjà appelé par quelque chose à laquelle je me soumets, quelque chose qui requiert mon attention et ma réaction.

Lorsque je m’interroge, quelque chose a de l’autorité sur moi, toujours le monde physique, parfois une autre personne, toujours Dieu. Je ne peux pas m’interroger à moins que je sois déjà dans un monde qui impose des exigences sur moi, et dont je dois y répondre. La justesse de ma réponse est son degré de rationalité. En étant une réponse d’une demande qui vient de l’extérieur de soi-même, la raison est comme une réponse de la foi religieuse, même lorsqu’elle est une réponse à quelque chose d’autre que Dieu.

En tant que Mormon, ma compréhension de la relation entre la foi et la raison est simple : Nous nous trouvons dans le monde, entourés par des choses et des personnes, et se tenant debout devant Dieu, toutes ces choses s’imposent sur nous, nous appellent, imposent des exigences auxquelles nous devons répondre, dont nous nous justifions pour nous-mêmes, sur lesquelles nous agissons.

Les croyants savent que nous étions d’abord avec Dieu, notre Créateur. Même si (comme les Mormons le croient) la création ne s’est pas produite ex nihilo, il nous a appelé à la vie et il continue à nous appeler : « Ecoute, ô Israël ».

La création signifie que nous étions aussi en présence d’autres personnes et de choses, dont les deux nous appellent, demandant nos réponses en posant des problèmes et des questions, que ce soit explicitement ou non. Si nous prenons ces appels au sérieux, étant suffisamment fidèles à ces choses et à ces personnes qui attendent de nous que nous donnions des réponses adéquates à leurs appels, nous agissons de façon rationnelle.

Parce que nous existons, nous nous expliquons devant Dieu, par rapport aux autres et dans le monde. Nous ne pouvons pas éviter de donner ces explications : nous ne pouvons pas éviter la raison. Mais la raison n’est pas en contradiction avec la foi, car la raison commence avec un acte de foi (la confiance et la fidélité). La raison nécessite une réponse fidèle à ces êtres qui nous entourent et qui nous précèdent, dont l’existence même nous appelle, ce qui exige de nous que nous interrompions notre être : d’abord Dieu, ensuite les personnes et pour finir les choses.

Et, bien sûr,  la raison a besoin non seulement de la foi, mais la foi a aussi besoin de la raison. Elles ne sont pas la même chose, mais l’une sans l’autre, elles sont bancales ou aveugles, ou les deux à la fois. La foi nous permet de parler, de raisonner, avec Dieu, les uns avec les autres, et avec le monde. Ensemble, la foi et la raison nous permet de vivre de manière responsable et réceptif.

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